Economie

Et si l’Euro refusait à l’Afrique le développement

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La zone du franc CFA, et avec maintenant la monnaie unique européenne, n’est plus adaptée au continent africain si celui-ci veut émerger de la dépendance économique et politique qui le lie à la France, à l’Europe et à ses institutions.
La zone du franc CFA a nécessairement besoin de s’affranchir de ce système d’échange monétaire, devenu un piège au développement économique des pays d’Afrique dépendants de ce régime politico-financier.
 L’euro, comme le franc français précédemment, fait et défait les marchés financiers et commerciaux qui s’opèrent dans la zone CFA. Cette situation exerce un appauvrissement de plus en plus grand pour les populations et favorise un exode vers l’Europe devenu aujourd’hui absolument inhumain.
Si l’on prend en compte les différentes analyses universitaires et économistes, et certaines ne sont pas nouvelles, il convient de dire qu’il est urgent que les États africains se positionnent pour créer une monnaie d’échange pour favoriser le développement et faire face aux blocs monétaires mondiaux (Etats-Unis, Europe, Asie).
C’est ce que propose Nicolas Agbohou dans son ouvrage, Le Franc CFA et l’Euro contre l’Afrique, en appelant les pays dépendants de l’U.A. à concevoir la M.U.A. (Monnaie Unique Africaine). Cependant, cette option ne peut être réalisable que dans un espace d’une « Afrique fédérée et décentralisée ». On peut déjà noter qu’au sein de l’U.A. deux groupes s’affrontent : les pro-fédéralistes et les anti-fédéralistes. C’est que la question d’une monnaie unitaire nécessite un bouleversement radical, c’est-à-dire une « décolonisation » réelle, culturelle, intellectuelle, politique et économique.
La dépendance économique et politique des pays africains est sous-tendue, encore aujourd’hui, par le congrès de Berlin de 1885, moment où l’Europe s’est partagée les territoires de l’Afrique et ses économies de marché.
C’est dans un schéma complexe que les États africains doivent opérer une « décolonisation mentale », comme le préconisait déjà Cheikh Anta Diop. La création d’une monnaie unique entraîne des changements profonds, d’ordre culturel, historique, sociologique et politique.
Une économie compétitive s’accompagne d’un esprit de re-conquête, de « Renaissance » qui tient compte de tous les facteurs socio-historiques de l’Afrique. La falsification de l’histoire du continent africain a permis durant des siècles de maintenir des pressions avilissantes, jusqu’à nier l’existence du monde noir.
Sans cette « confiance de soi » retrouvée, les pays africains ne peuvent relever le défi face à l’occident. Pour cela, ils doivent rompre avec l’esprit de « subordination », trop souvent relayé par des États impuissants. « Il s’agit pour l’Afrique de redécouvrir son histoire, de reconstruire son destin économique et politique. »
Le rappel historique permet aux pays d’Afrique de réfuter les théories « inférioristes » des occidentaux et de « réintégrer la mémoire de ce passé millénaire grandiose » dans l’Afrique d’aujourd’hui et de transformer son destin.
C’est dans ces termes que les pays africains peuvent reprendre en charge l’avenir économique du continent, par l’auto-développement, avec une coopération sud-sud, avec une unité de marché, en même temps que l’installation durable d’une souveraineté historique, scientifique, culturelle et politique. 
C’est dans ses valeurs fondatrices que le continent africain et le peuple noir doivent puiser pour parvenir à la renaissance. Le continent africain est en mesure de contribuer aux questions humanistes, scientifiques et économiques du 21ème siècle.
Son unité ne serait nullement l’expression d’un repli dangereux, ce serait le point de départ d’une coopération qui réduirait les distorsions nord-sud, de plus en plus intolérables au regard de la pensée humaniste.
Une économie intégrée aux valeurs culturelles et historiques d’une Afrique fédérée permettra la « croissance des Nations et de l’esprit humain. Ni fétichisme de la monnaie, ni esclavage mais construction des richesses. »[1]
Il suffit de prendre l’exemple de l’Asie qui s’est épanouie en abolissant définitivement les vestiges du colonialisme. On voit aujourd’hui les pays d’Asie en position de force économique, financière, politique et culturelle sur l’échiquier mondial.
C’est ce qui permet d’affirmer que la « Renaissance de l’Afrique ne peut être réalisée que par elle-même ».
Les effets de la mondialisation sur les pays du sud, et notamment l’augmentation des importations des denrées alimentaires de première nécessité, pourraient avoir des conséquences désastreuses sur le continent : misère élevée, troubles sociaux, révoltes incontrôlables. Lorsque l’on maintient des États dans une spirale de financements contraints et d’endettement sans fin, il en résulte toujours les mêmes catastrophes à la fois démocratiques et humanitaires. La faim et la misère, nous le savons, sont les causes principales de révolutions parfois sanglantes.
C’est par la mise en place de réformes structurelles profondes de l’agriculture, de l’industrie et de l’économie globale que les pays africains peuvent affirmer leur conquête continentale et internationale. Cette renaissance doit être éclairée par les nouvelles générations de l’élite, refusant toute compromission d’ordre politique, économique et social qui humilie et appauvrit sans relâche.
On peut imaginer une Afrique industrialisée, prospère et en mesure d’exporter ses matières premières et de commercer équitablement avec les pays du nord.
Le soleil de la liberté de l’Afrique brillera lorsque le processus de « décolonisation mentale » sera total et qu’il servira à libérer les énergies créatrices, s’appropriant le passé glorieux du continent, berceau de l’humanité.
Le fédéralisme et la formation des grands ensembles politico-socio-économiques et monétaires sont les attributs du 21ème siècle et de l’avenir.
L’âge d’or de l’Afrique est pour demain.
 
Amadou Elimane Kane, enseignant chercheur, poète écrivain et fondateur de l’Institut Culturel Panafricain
 
Bibliographie :
AGBOHOU, Nicolas. Le Franc CFA et l’Euro contre l’Afrique, éditions Solidarité Mondiale A.S., Paris, 1999, 294 p.  
 

[1] AGLIETA, Michel. La violence de la monnaie. Paris, PUF, 1982

 

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