Promotion du livre

Tangana sur Tefès une balade littéraire entre nostalgie et fantaisie

A ngai de

Historien et écrivain prolifique, Abdarahmane Ngaïdé s’empare de tous les genres littéraires pour produire une œuvre singulière dont la stylistique navigue entre métaphysique, matérialité, historicité et poésie. 

Pour ce nouvel ouvrage, Abdarahmane Ngaïdé nous convie à une promenade sénégalaise entre imaginaire, causeries et réalité. Sur les rives escarpées de la mémoire, du souvenir qui s’échappe et du présent, l’auteur prend des chemins de traverse qui se révèlent féconds et profondément évocateurs. 

Cette balade littéraire commence par une cartographie de la nature qui, par sa seule puissance, est un objet de rêverie, de romanesque et de fougue. Cette balade impromptue est aussi un hommage à la réminiscence de l’enfance, ce royaume disparu, où les images, les couleurs, les odeurs sont si vivaces qu’elles nous habitent en permanence sans que nous parvenions réellement à les faire revivre. Ainsi, elles reprennent chair sous la plume de l’auteur, à l’aide de ces mots qui reconstruisent un monde géographique à la fois personnel et universel, à la fois enfui et à la fois vivant. 

Car les images du promeneur philosophe qui observe sont aussi celles de notre mémoire collective. Elles appartiennent à notre histoire, elles constituent un récit familier fait de notre culture, de nos sensations aux paysages, de nos liens sociaux, de nos codes linguistiques, de notre pensée africaine, de nos valeurs fondatrices. Une nature et une culture qu’Abdarahmane Ngaïdé semble vouloir préserver malgré le temps qui passe. Car d’un monde disparu, on perçoit déjà les contours d’un monde qui renaît avec ses transformations mais inexorablement bercé par les traces anciennes et ancestrales. Ainsi le temps se transforme en une frise mouvante sans début ni fin. 

Abdarahmane Ngaïdé nous propose une littérature exploratrice véritablement créative, toute en surprise, au détour des chemins et des fracas de l’océan, de la terre qui craquèle mais qui se régénère sous les pas du marcheur. C’est une promenade philosophique qui est en observation et qui pose un regard sur un monde en voie de disparition et sur les prémices du renouveau qui s’annonce. 

C’est aussi un témoignage de la vie qui palpite, qui s’en va mais dont les vagues refluent sur les plages et les rochers. La corniche de Dakar est le théâtre de cette exploration vivante et vivifiante cadencée par un quotidien tendre, nostalgique et drôle. 

Ainsi de cette expédition minuscule, Abdarahmane Ngaïdé en fait un voyage culturel qui ouvre les horizons de la vie dakaroise. La nature, la culture, la gastronomie, les dialogues des petits travailleurs ou encore ces déchets, objets oubliés et fracassés, qui se recyclent à l’infini dans le temps qui défile. 

Ainsi Abdarahmane Ngaïdé marche sur un terrain pluriel, celui qui invite à un voyage poétique et à la douce matérialité de l’existence. C’est aussi un témoignage sensible de la profondeur de la culture africaine qui met au centre le récit de notre terre ancestrale, par des traditions transmises au fil des siècles, par la solidité de son altérité et par la continuité de ses dialogues cosmogoniques. 

Ainsi le promeneur philosophe et poète Abdarahmane Ngaïdé nous entraîne savamemet dans son sillage comme une promesse de renaissance sur nos terres de sagesse. 

Amadou Elimane Kane, écrivain poète, enseignant et chercheur en résidence au sein de l’académie de Paris

Tangana sur Tefes, Abdarahmane Ngaïdé,littérature, éditions L’Harmattan, Dakar, 2019. Tangana sur tefes

La tyrannie du développement ou la réalité sociale et culturelle de l’Afrique

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Voici un livre à mettre entre toutes les mains ! Pour sa rigueur d’abord, et ensuite pour la pluralité et la véracité de ses références, sources à partir desquelles l’auteur déroule son raisonnement. Les faits et uniquement les faits ! Tel un journaliste plaçant l’éthique au centre, déconstruisant l’instrumentalisation du discours orienté sur les perspectives africaines, Macky Idy Sall fait ici une brillante démonstration de ce que doit être aujourd’hui une critique objective du monde africain dans les perspectives d’un épanouissement réel. 

Tel un expert qui explicite, argumente, documents à l’appui, sans chercher à traduire une réflexion partisane ou à installer des clivages, Macky Idy Sall expose un propos riche et salvateur. Et il le fait avec une parole libérée de l’analyse occidentale. Un discours qui consiste toujours, hélas, à donner une image de l’Afrique, non seulement déplorable et erronée mais qui ne traduit pas, à dessein, les réalités sociales et culturelles du continent. C’est tout le propos de l’essai de Macky Idy Sall, qui nous invite à une réflexion absolument passionnante, argumentée et objectivée. 

Et c’est bien d’une rupture de discours, ou la déconstruction d’un mythe, dont le continent a besoin pour sortir de l’ornière du mensonge et de l’assistanat néo-colonial. Et Macky Idy Sall s’inscrit dans cette démarche qui consiste à mettre en lumière les réalités économiques et politiques de l’Afrique, et du Sénégal en particulier, à l’appui des réalités sociales et culturelles des populations. 

Journaliste et chercheur en communication sociale, en développement international, et travaillant sur l’impact des réseaux numériques, Macky Idy Sall fait œuvre de réflexion, à travers un ouvrage documenté et éclairant. 

Ainsi, il pointe plusieurs facteurs fondamentaux au changement de paradigme pour le développement en Afrique. La crise mondiale qui occupe les colonnes des médias internationaux, une crise liée au libéralisme ravageur qui a lui-même oublié les fondements de ses propres valeurs, a un effet extrêmement pervers pour les pays en voie de développement et particulièrement en Afrique où la mesure sociale et culturelle n’a pas encore été véritablement prise en compte. 

L’Afrique, ou plutôt devrons-nous dire les responsables et les élites, continuent de courir après la locomotive anti-historique, recopiant un modèle occidental qui virevolte dans un espace virtuel mensonger et qui continue de tirer les ficelles financières de tout le continent, avec la complicité des Organisations Non Gouvernementales et les nouvelles industries numériques et écologiques. Ainsi le commanditaire des aides au développement impose, de manière hégémonique, sa vision de la société et du monde, une vision relayée par des médias locaux impuissants, encore assujettis au grand capital financier ou aux partis politiques en place qui n’osent pas, ou qui ne veulent pas, obtenir durablement leur indépendance. 

La vérité sociale et culturelle africaine s’en trouve ainsi tronquée, au désespoir des populations qui reculent socialement, au lieu de progresser et d’avancer dans le nouvel espace mondialisé. Si l’on mesure au Sénégal, par exemple, le taux de connexion à Internet, cela ne concerne qu’une minorité, plutôt urbaine et diplômée, mais que fait-on de l’absence criante d’établissements de santé et d’écoles pour une population qui n’arrive même pas à couvrir les frais de toutes les premières nécessités ? Il s’agit bien d’une reproduction médiatique et inique pour une problématique qui concerne en premier lieu les pays du Nord. En réalité, les véritables sujets des pays africains sont délibérément balayés par un discours préfabriqué en Occident et dont l’image est constamment véhiculée par les médias. 

Les États, la presse, les médias dans leur ensemble, les institutions sont donc gangrénés par une main encore puissante, celle de l’Occident. Et cette diversion idéologique a gagné tous les espaces médiatiques enrôlés, à leur insu, par la place du sensationnelle, la vitesse des informations et la prépondérance de l’opinion à l’ère du numérique 3.0. La critique, la distanciation, la mesure des faits, l’objectivité ne sont plus de mise. Et cela a un effet doublement pervers pour les pays africains qui prennent pour comptant un fonctionnement sociétal qui n’a malheureusement aucun lienavec les attentes culturelles et sociales des populations africaines qui sont prises dans un leurre annihilant. Pour exemple, des informations de deux pays voisins sont délivrées par la loupe occidentale, comme le passage obligé d’un filtre, qui est tout simplement destructeur pour les consciences et la pensée africaine. 

Ainsi, à l’appui de ses recherches et de son travail de journaliste analyste, Macky Idy Sall fait une démonstration éloquente, non pas de l’échec annoncé des programmes de développement mais de la tromperie intrinsèque d’une fausse démocratie et d’une indépendance africaine encore loin d’être acquise. 

Et il place comme préalable au développement, et c’est un levier fondateur, la question culturelle et l’identité d’une civilisation qui doit précéder tout effort de progrès. La question de la culture historique est bien au centre du monde occidental qui s’est développé et a évincé les autres civilisations des découvertes majeures de l’histoire de l’Humanité. 

Dans ce contexte où les pays africains sont pieds et poings liés par ce nouvel impérialisme, la question du développement devient bien une tyrannie. C’est pourquoi l’ouvrage de Macky Idy Sall est un véritable manuel de décryptage de l’ère contemporaine africaine qui n’a pas cessé d’être alimentée par la vision occidentale, lui faisant ainsi perdre, de manière inquiétante, ses propres valeurs culturelles, sociales et identitaires. Les images d’information du continent africain, délivrées par la sphère mondiale numérisée, sont des copies fabriquées par des fossoyeurs de la pensée et du libre-arbitre. 

Alors que ces questions politico-financières continuent, à tort, d’occuper les esprits, Macky Idy Sall nous rappelle l’extraordinaire potentiel de notre capital historique, culturel, patrimonial, artisanal, artistique et linguistique. 

Autrement dit, ce que signifie Macky Idy Sall est qu’il faut réussir à réécrire notre récit africain, sans compromis, sans enfermement non plus, pour reconsidérer notre belle civilisation dans ses fondements historiques, culturels et sociaux, en nous appuyant sur nos réalités et nos valeurs, et en proposant une image africaine réhabilitée et culturellement forte. 

Cette prise de conscience est fondatrice de notre renaissance et du devenir africain. Pour ainsi dire, nous avons un besoin vital de décoloniser les esprits dans tous les recoins de notre créativité. Cela doit nous guider en permanence dans nos actes et dans la construction de notre histoire, pour retrouver l’assurance de notre culture et de nos valeurs profondément humaines qui caractérisent l’imaginaire africain. 

Amadou Elimane Kane, écrivain poète, enseignant et chercheur en résidence au sein de l’académie de Paris

La tyrannie du développement – Déconstruction d’un mythe..., Macky Idy Sall, essai, éditions L’Harmattan, Paris, 2014. 

Murambi, le livre des ossements ou le récit historique d’un massacre

Il est des livres dont il est difficile d’en écrire la chronique, la révolte qui nous tenaille est si forte que le risque est de laisser échapper l’essentiel. Celui de Boubacar Boris Diop est de ceux-là. Tout en étant une production majeure de l’histoire africaine contemporaine, il est aussi la démonstration d’une construction narrative qui cherche à témoigner tout en s’appuyant sur la création littéraire. 

Boubacar boris diopPublié en 2000 aux éditions Stock, cet ouvrage est le récit réel de la longue descente aux enfers, celle des cent jours du génocide des Tutsi au Rwanda. Six ans donc après cet évènement dont la souffrance qui demeure est insupportable, Boubacar Boris Diop revient sur les traces d’une histoire que l’on a voulu ensevelir dans le mépris le plus total. Dans sa postface, Boubacar Boris Diop évoque que certains d’entre nous ont voulu minimiser l’ampleur du massacre, repoussant l’horreur inqualifiable dans les limbes de la tragédie humaine. 

Quand on lit le récit, on est impressionné par les secrets implacables et insoutenables que Boubacar Boris Diop nous révèle. Car il le fait simplement, sans pathos ni maniérisme romanesque, à travers les témoignages qu’il a recueillis, en se rendant au Rwanda en 1998, dans le cadre d’une résidence d’écriture. Il donne chair à des personnages, non pas fictionnels, mais à des êtres que l’on a voulu effacer et dont on a voulu taire la parole. Avouant lui-même son ignorance au moment des faits, il puise dans le regard de ceux qu’il rencontre pour bâtir son récit, une histoire qui changera plusieurs fois de formes tant le sujet est impressionnable qu’il en devient obsédant. Ainsi, son regard d’écrivain, de journaliste, d’homme en est profondément modifié. Comment ne pas l’être ? Personne n’est préparé à un tel cataclysme inhumain. 

Écrire une chronique sur un tel récit est aussi en quelque sorte une épreuve car au-delà des qualités littéraires et humaines du livre, l’esprit est bouleversé par son propre dégoût et par l’ampleur de ses émotions. Car l’individu dénué de haine ne peut comprendre, ne peut accepter une telle ignominie sanguinaire. 

Car oui, Boubacar Boris Diop a su rendre voix, à travers une sorte de fiction épurée très documentée des évènements rwandais, à la réalité du génocide, tout en bâtissant une espèce d’arcane littéraire cohérente, juste, respectueuse de ces êtres massacrés pour rien, dans une rage inimaginable par des bourreaux, certes aveuglés par le sang mais responsables de leurs actes. 

Armés jusqu’aux dents par une épouvante sidérale et par des complices abjectes, les hommes d’État africains et le gouvernement français, les hommes du Hutu Power s’apparentent aux exterminateurs ultimes de la fin du XXe siècle. 

Ce qui est sans doute le plus édifiant dans ce récit est le mensonge orchestré par les nations complices, dans les plus hautes sphères du pouvoir, pour déjouer la vérité du génocide rwandais. Cette usurpation de l’histoire est à rapprocher de l’étendue massacrante du  récit africain, falsifié depuis des siècles. 

Pour les États coloniaux et post-coloniaux, l’histoire du continent africain est reléguée, sous-estimée, écrasée sous l’emprise des intérêts extérieurs et du capital financier. 

Pour certains encore, le génocide rwandais est un détail de l’histoire ou que l’on explique froidement par une violence ancestrale qui existerait entre les Hutu et les Tutsi. Les négationnistes agissent depuis des siècles sur la véritable histoire de l’Afrique. Alors un mensonge en efface un autre. 

C’est pourquoi le livre de Boubacar Boris Diop fait œuvre de manière considérable car il délivre cette injonction capitale, celle d’écrire notre propre histoire pour que la vérité soit faite. Si nous ne le faisons pas, nous serons toujours méprisés, écrasés et massacrés dans une indifférence inhumaine. 

Ce que nous inspire Murambi, le livre des ossements est qu’il faut réussir à échafauder notre récit africain, sans atermoiement, arriver à reconsidérer notre civilisation dans ses fondements historiques, culturels et sociaux, en n’écartant aucune vérité, mais en nous installant sur une échelle historique authentique pour donner au monde une vision de notre existence, de nos souffrances et de nos forces qui sont immenses. 

Cette prise de conscience est fondatrice de notre renaissance et du devenir africain. La décolonisation mentale doit nous guider dans nos actes et dans la construction de notre histoire pour faire que nous recouvrions l’estime de nous-mêmes et l’assurance de notre culture et de nos valeurs profondément humaines qui caractérisent l’imaginaire africain. 

Amadou Elimane Kane, écrivain poète, lauréat du Prix littéraire Fetkann ! Maryse Condé 2016, catégorie poésie pour le caractère pédagogique de l’action poétique de l’ensemble de l’œuvre et Fondateur de l’Institut Culturel Panafricain et de recherche de Yene

MurambiMurambi, le livre des ossements, Boubacar Boris Diop, roman, éditions Stock, Paris, 2000, réédition en 2011 aux éditions Zulma. 

Frédéric Ohlen ou un voyage suspendu cosmogonique

Et si la poésie était le voyage absolu ? Et si la poésie était la manière de combattre le temps et l’espace pour entrouvrir les possibles, pour éclairer la beauté du monde et engloutir les cataclysmes ? C’est en tout cas ce sentiment qui nous habite à la lecture du beau recueil poétique de Frédéric Ohlen, intitulé Les Mains d’Isis.

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Isis, reine mythique de l’Égypte pharaonique, sœur et femme d’Osiris qui avait placé son royaume sous le signe de l’équilibre cosmique, incarne la beauté de l’étoile Sirius, au chevet du monde avec son amulette sacrée. Ainsi la symbolique de la poésie de ce recueil s’inscrit dans la mémoire pharaonique et celle de l’histoire africaine. Sous la plume de Frédéric Ohlen, les merveilles du monde deviennent mouvement, tant elles sont justement esquissées par un poignant regard qui se ferme et s’ouvre en permanence pour laisser passer l’immanence de la géographie et de ses paysages, « les contours mousseux de la terre ». La beauté esthétique de l’écriture, épurée, fragmentée mais dense de transports métaphoriques, provoque un souffle suspendu proche de l’ataraxie, cette « absence de trouble » chez Démocrite, ce bien-être cher à Épicure et aux philosophes proches de l’harmonie du cosmos. 

Ainsi, Frédéric Ohlen nous propose un voyage poétique et philosophique qui nous oblige à respirer, à prendre la mesure de notre passage terrestre pour que celui-ci soit le plus infini possible, le plus libre possible. La poésie de Frédéric Ohlen est à nos côtés pour repousser le temps, pour faire taire les « pluies de colères », pour nous faire accepter la fin de la vie comme une douce brise qui apaise et où « chaque goutte [est] un petit Nuage ». Ce minimalisme imagé pur, fluide et concis, est le plus difficile à réaliser car les mots justes et les silences qui les accompagnent créent la véritable intelligence poétique. Assurément Les mains d’Isis nous réconcilient avec l’éclat de nos territoires envahis, surpeuplés, mais encore inexplorés par le regard de l’homme qui s’y penche.

La mesure poétique de Frédéric Ohlen est un ravissement enchanteur qui embellit l’art suprême de la poésie de son aura sensible et de ses allégories filées.

Amadou Elimane Kane, écrivain poète, lauréat du Prix littéraire Fetkann ! Maryse Condé 2016, catégorie poésie pour le caractère pédagogique de l’action poétique de l’ensemble de l’œuvre et Fondateur de l’Institut Culturel Panafricain et de recherche de Yene

Les mains d isisLes Mains d’Isis, Frédéric Ohlen, poèmes, éditions Gallimard, Continents Noirs, Paris, 2016

Le convoi de Marijosé Alie : Une marche initiatique dense de réalisme magique

D’habitude plutôt paisible, coincé dans la jungle aventureuse et le fleuve agité, Campan, petit village d’Amazonie, est en pleine effervescence. En effet, sans raison apparente, les habitants ne semblent pas tranquilles. Ils semblent redouter quelque chose qui reste invisible, il se passe quelque chose aux abords du « Bois Peut-être » et l’ambiance est électrique.

Marijose alie le convoi livre 01À travers les chemins sombres et touffus par la nature luxuriante, on dit que des femmes et des hommes, venus du monde entier, forment un convoi dans la brousse pour rejoindre la vieille femme aux pouvoirs divinatoires que tous, au village, croyait morte. La destinée de chacun en est littéralement bouleversée. 

Le convoi, roman de Marijosé Alie, est une sorte de saga humaine, une équipée secrète, où l’histoire des personnages s’entrecroise dans des aventures symboliques, formant un lien mystique, loin du monde moderne mais possédant les clés de l’avenir.

Avec une intrigue romanesque dense, l’auteur tisse sa toile pour nous raconter les êtres, avec le dessin de notre monde qui se meurt, trop cadencé, consumériste à souhait, pour esquisser les moyens de sa renaissance, à travers la mémoire, l’histoire, les croyances et la solidarité humaine. 

Avec une écriture soignée, précise et stylisée, Marijosé Alie inscrit son récit dans un univers qui lui est propre, celui d’un réalisme fantastique qui a du souffle et maintient le lecteur en haleine. Les personnages nombreux, souvent complexes et bien campés, contribuent à cette construction littéraire à la fois fictionnelle et réelle et qui se livre tel un témoignage de notre altérité. Le mystère qui se dévoile à chaque chapitre est contenu, avec un effet décuplé, si bien qu’il est très difficile d’interrompre la lecture de ce convoi, aux allures étranges et prédictives. Les qualités romanesques et littéraires de Marijosé Alie sont grandes, maîtrisées et touchantes car elle accorde un regard à la fois implacable et tendre sur la nature humaine. Elle nous propose finalement une vision transcendée par un naturalisme imaginaire qui place son récit dans une littérature philosophique et sociale. L’auteur est comme une cinéaste qui, avec un œil avisé mais qui se laisse surprendre et emporter par la vie qui palpite dans l’écriture, nous entraîne dans des terres ancestrales chargées de symboles.

On ne peut donc qu’espérer la suite…

Amadou Elimane Kane, écrivain poète, lauréat du Prix littéraire Fetkann ! Maryse Condé 2016, catégorie poésie pour le caractère pédagogique de l’action poétique de l’ensemble de l’œuvre et Fondateur de l’Institut Culturel Panafricain et de recherche de Yene

Le convoiLe convoi Marijosé Alie, roman, éditions Hervé Chopin, Paris, 2016 

Des contes africains par Souleymane Mbodj

Souleymane Mbodj est un auteur, conteur et musicien sénégalais. Il a longtemps enseigné la musicologie et la mythologie africaines à l'université.Il se consacre aujourd'hui à transmettre la littérature orale dans les écoles et en se produisant régulièrement dans les festivals, les salons du livre, les médiathèques en France et à l'étranger. Il a publié plusieurs albums-CD de contes d'Afrique aux éditions Milan. s-mbodj.jpg

L'antilope et la panthère et autres contes africains avec 1 CD audio ; Souleymane Mbodj, Justine Brax ; Editions Milan Jeunesse, 12 septembre 2012

Un album cartonné pour les petits magnifique 

Laissez-vous bercer et emporter par la voix inégalable de Souleymane Mbodj qui nous entraine  une nouvelle fois à la découverte de son Afrique. Il donne ici la parole aux animaux au travers de différents contes comme  Pourquoi l’autruche met la tête dans le sable, la phacochère guérisseur…  on y trouve des conseils, on y observe ces animaux qui pourraient bien être autant de modèles ou de référents pour les humains et à la fin de chaque conte on nous glisse à l’oreille quelque conseil ou référence.
Cet album est formidable : le CD vous emporte dans l’ambiance des histoires (et il faut bien l’avouer, ils pourront aussi l’écouter tout seuls) ; les pages cartonnées permettront aux plus jeunes de s’en emparer sans risque d’abimer, de détruire.
Et puis il faut bien l’avouer j’ai un petit faible pour les illustrations de Justine Brax entre naturalisme et inventions, des animaux plus vrais que nature prêts à bondir d’une page sur l’autre alors que les feuilles des arbres et/ou les ailes de oiseaux se parent de couleur, de textes, d’imprimés qui nous embarquent, comme s’ils allaient sortir eux aussi du livre pour nous raconter et nous faire profiter de l’histoire.

Un album, livre disque, magnifique à découvrir pour le plaisir des yeux et des oreilles.

 Jean-Luc, librairie Les Sandales de Hautefort

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L’Antilope et la panthère l-antilope-et-la-panthere-1.jpg

  • Jeunesse
  • Souleymane Mbodj
  • L’Antilope et la panthère Et autres contes africains
  • Milan
  • 24 p., 16,50 €

Par GAËLLE FARRE, Librairie Maupetit, Marseille

Cinq contes à destination des plus jeunes, à partir de 3 ans, composent L’Antilope et la Panthère. Les histoires mettent en scène des animaux comme Leuk le Lièvre, Gaïndé le Lion ou Golo le Singe, les mêmes que ceux qui peuplent traditionnellement les contes africains. La ruse, la jalousie ou la vanité sont au cœur de ces histoires, où sagesse et philosophie ne sont jamais non plus très loin. Les morales qui concluent les contes sont fines et intelligentes.

Sur le CD, on ne se lasse pas d’écouter le conteur Souleymane Mbodj pour sa diction irrésistible. Les histoires sont entrecoupées de chansons et de musiques sénégalaises, qui sont comme autant de respirations entre chaque conte et constituent un bel éveil musical. Les illustrations de Justine Brax magnifient les textes du conteur et concourent à faire de ce livre-CD un passeport pour le continent africain. On se croirait sous l’arbre à palabres !

Lu et conseillé par :

  • Librairie Maupetit à Marseille Gaëlle FARRE
  • Librairie Cultura à Carcassonne Betty TROUILLET
  • Librairie Liragif à Gif-sur-Yvette Aurélia DURANDAL

 

 

Alpha Amadou Sy, philosophe de l'imaginaire alpha-amadou-sy.jpg

L’IMAGINAIRE SAINT-LOUISIEN (domou ndar) A L’ÉPREUVE DU TEMPS, Alpha Amadou Sy, éditions l'Harmattan, avril 2011

Philosophe de formation, Alpha Amadou Sy est, en collaboration
avec Mamadou Ablaye Ndiaye, auteur de plusieurs publications de portées philosophique, politique, culturelle et esthétique. Il va bientôt mettre sous presse La république des citoyens : du fantasme à l’utopie, Essai politique sur les « locales » du 22 mars 2009. Conseiller pédagogique, animateur de café philo à l’Institut Culturel et Linguistique Jean Mermoz, membre du Comité de Lecture des Presses Universités Gaston Berger et Président des Comités d’organisation de La Fête internationale du Livre de Saint-Louis et du Festival de poésie, Alpha Amadou SY s’investit depuis plus d’une vingtaine d'années dans les activités culturelles de sa ville.

Saint-Louis du Sénégal a réussi à fonder une civilisation qui se décline en termes d’esthétique dans la vêture, de talent dans la cuisine, d’un savoir- vivre original et, surtout, d’un sens remarquable de l’hospitalité, appelé téranga, une des valeurs par lesquelles bien des Sénégalais s’identifient.
Alpha Amadou Sy, qui enrichit ici sa communication présentée au Colloque de l’Association pour la Promotion de l’Enseignement et de la Recherche en Aménagement et en Urbanisme (A. P. E. R. A. U), tenu en juin 2008 à Québec, étudie les facteurs qui ont concouru pour donner naissance à cet imaginaire que condense le mythe du domou n’dar.
Certes, concède-t-il, l’imaginaire saint-louisien demeure aujourd’hui encore revigoré par ce mythe selon lequel « l’endroit où les eaux maritimes et fluviales se rencontrent ne saurait être jamais déserté par le bonheur et la prospérité » mais, de son point de vue, toute la question est de savoir comment lui assurer le socle économique et culturel que nécessite sa véritable renaissance.

 

 

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