Politique

Aboubakry Kane, un homme d'engagement, un bâtisseur, un éducateur

C’est l’histoire d’un homme que je découvre et je suis très ému. Par le biais de ma nièce Khadija Kane et à travers une émission radiophonique de TFM, j’entends ce témoignage, porteur de notre histoire, notre belle république défendue par un homme rempli dekao-abou.jpg dignité. Le cheminement historique de notre jeune nation devrait être enseigné à travers le destin des hommes, ceux qui font l’histoire. Aboubakry Kane est de ceux là. Je veux le célébrer et lui dédier un texte. Voici un article que je partage avec vous tous, Aboubakry Kane, un homme d’engagement.
Et un poème aussi pour la postérité
A Aboubakry Kane, à un oncle, à un combattant

Berceuse peuhl

J’accours vers le baobab

Où tant d’humanité s’exprime

Il est trop tard

Pour exiler la parole

Il est trop tard

Pour tenir en otage la lumière

 

        J’accours vers le baobab

        Où j’interroge

        L’oasis des souvenirs

        Pour capter

        Les soleils essentiels

       Réchauffant de toutes parts

       Les recoins affaiblis de la terre

       Pour rompre les palabres de la nuit

 

Je suis un petit

Baobab de lumière

Pour ruisseler dans tes paupières

Et je vois les étoiles revisiter

 

            Mon histoire, l’histoire

            Dans tes paumes

            Comme un pêcheur de liberté

            Sur un océan perlé d’espoir

 Salut à toi Aboubakry Kane

Ici la parole du poète, Amadou Elimane Kane, jeune frère de Feu Abdoul Dialo Kane, le mari de ta petite sœur Awa Racine. Merci à toi, salut à toi

A certains moments de l’histoire, il est important de pourvoir s’arrêter afin de rendre compte de la vie de certains hommes qui se sont illustrés par des actes courageux et fondateurs. C’est le cas aujourd’hui avec le doyen Aboubakry Kane qui a œuvré magnifiquement pour la société sénégalaise. kao-abou-1.jpg
Homme de conviction et d’engagement, son parcours exceptionnel, peu connu du grand public, est à saluer. C’est ainsi que par les mots, par le récit, je veux lui rendre hommage.
Enseignant et homme politique engagé au Parti Socialiste  depuis les années des indépendances, Aboubakry Kane a toujours défendu des valeurs fortes de démocratie, de justice sociale et d’équité.
Ancien vice-président de l’Assemblée Nationale et Président des sages  du Parti Socialiste, Aboubakry Kane a poursuivi son rêve pour défendre la liberté du peuple sénégalais.
Né en 1925 à Saldé, Aboubakry Kane poursuit des études à l’école normale avant de devenir instituteur dès 1948 à Bakel puis à Dakar. En 1963, il retourne à Saldé pour exercer en tant que directeur d’école.
Elu conseiller territorial depuis 1957, il entame alors une carrière politique en gravissant les échelons d’une assemblée devenue constituante puis législative. Préoccupé par les enjeux majeurs du nouvel Etat du Sénégal, Aboubakry Kane s’engage en politique pour accomplir son devoir de citoyen. On voit ici combien ce sacerdoce prend le visage d’un combat sincère et désintéressé.
Avant cela et dès 1948, Aboubakry Kane rejoint le clan de Léopold Sédar Senghor qui vient de fonder le Bloc Démocratique Sénégalais. Cette adhésion au futur président de la république du Sénégal est totale mais c’est aussi au sein de ce nouveau parti qu’Aboubakry Kane rencontre Mamadou Dia. C’est au moment des évènements de 1962 qu’Aboubakry Kane se rallie à Mamadou Dia, comprenant que la politique de Léopold Sédar Senghor, allié aux anciennes forces coloniales, ne propose pas de développement autonome pour le jeune Etat sénégalais.
Ainsi Aboubakry Kane entre dans la résistance aux côtés de Mamadou Dia pour défendre une vision de justice et de développement pour le Sénégal. A cette époque, la conviction d’Aboubakry Kane et de Mamadou Dia est de fonder une véritable république libre, débarrassée du poids colonial, au moyen d’abord de l’éducation, en construisant des écoles partout sur le territoire et en produisant une économie indépendante.
Le combat politique est alors engagé entre Léopold Sédar Senghor et Mamadou Dia qui voit la victoire du Président de la république contre son premier ministre.
Mamadou Dia est arrêté mais Aboubakry Kane reste député jusqu’en 1963. A la veille des élections législatives, Aboubakry Kane est placé en résidence surveillée dans la région de Kédougou puis en Casamance. Libéré à l’issue des élections, il rejoint Saint-Louis, Diourbel puis Louga pour reprendre ses fonctions d’enseignant.
Finalement, il est de nouveau affecté à Dakar mais demeure étroitement surveillé. Lors des manifestations contre Léopold Sédar Senghor, Aboubakry Kane est arrêté et condamné à six ans de prison car considéré comme membre actif « diaiste ».
A sa sortie de prison, il devient le secrétaire général adjoint dans le mouvement du Front National Sénégalais dont Cheikh Anta Diop était le secrétaire général.
Mais Léopold Sédar Senghor, sentant le danger d’une telle force politique, tente de négocier. Aboubakry Kane refuse de voir Léopold Sédar Senghor tant que ses camarades ne sont pas libérés. Libération faite, Aboubakry Kane rencontre Léopold Sédar Senghor pour reprendre des fonctions dans la région du fleuve. Mais Aboubakry Kane soumet à Léopold Sédar Senghor deux conditions, celle d’un vrai mouvement socialiste et celle de la réhabilitation de ses camarades poursuivis injustement.       Aboubakry Kane poursuivra sa promesse de loyauté au sein du Parti socialiste sans faillir. Cette détermination et cette volonté de justice n’ont jamais quitté Aboubakry Kane. Jusqu’au bout, il est resté fidèle à la cause qu’il défendait, celle d’un groupe socialiste souverain, par sa parole, par ses actes et qui prônait une véritable indépendance pour le Sénégal. 
La réflexion politique et intellectuelle a toujours guidé Aboubakry Kane qui, en homme citoyen et en homme de culture, a fait avancer la démocratie sénégalaise.
C’est dans cette histoire forte d’un engagement sans faiblesse dont la jeune génération doit s’inspirer, que l’histoire de notre pays s’écrit. C’est pour cela qu’il est nécessaire aujourd’hui de dire, de relater les épisodes politiques de notre nation, ceux qui aideront à bâtir le Sénégal de demain. Comprendre les cheminements de notre jeune histoire est capital pour notre devenir.
C’est aussi à travers le récit de cette bataille forte et juste qu’a mené Aboubakry Kane que brilleront les soleils de notre renaissance.
 
Amadou Elimane Kane, poète écrivain, enseignant chercheur
et fondateur de l’Institut Culturel Panafricain et de recherche de Yene

 
 
 
 

Combat pour la Renaissance Africaine

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La renaissance africaine est une démarche qui propose un ensemble de valeurs en rupture avec les représentations euro-centristes et occidentales qui effacent et dévalorisent la conscience historique africaine.
Ce partage de résolutions communes doit s’accompagner d’une unité africaine avec pour levier un postulat qui permet d’œuvrer pour la renaissance : une unité culturelle avec la réappropriation du patrimoine historique et des valeurs traditionnelles ainsi que l’exercice des langues nationales ; mais aussi une unité économique et monétaire avec une réelle exploitation des richesses naturelles du continent et enfin une unité politique d’où doit émerger une véritable démocratie, la défense des droits humains fondamentaux et la lutte contre les corruptions.
Il est une de ces valeurs qu’il convient de mettre en lumière, celle de l’engagement politique qui doit être accompagné d’une intégrité sans faille.
Il s’agit ici de dénoncer les accessions au pouvoir qui ne sont pas acquises au moyen simple de la démocratie. Le suffrage universel doit être transparent et le pouvoir ne se conquiert pas à coup d’élections truquées, achetées. La conquête des plus hautes responsabilités d’état doit s’exercer par l’intelligence, par une exigence politicienne saine et par une vraie démarche intellectuelle. Un chef d’état est un homme tourné vers son peuple et qui doit mesurer, écouter et rendre possible les ambitions de celui-ci dans une cohérence républicaine et démocratique.
Certains gouvernants africains sont des usurpateurs qui tuent la créativité africaine. Ils sont les complices du grand banditisme international qui maintient le continent dans la misère crasse, le chaos, la guerre. Ils sont les assassins des forces vives du continent, de l’intégrité, de l’excellence intellectuelle et de l’entendement humain. Aujourd’hui, toutes ces qualités doivent être exigées pour le combat de la Renaissance Africaine.
Et cela ne sont pas que des mots réservés à l’élite, aux cadres, aux intellectuels, c’est le cri de tous les peuples quels qu’ils soient.
Il ne s’agit plus de promesses, de discours pour mieux piller les Etats et leurs richesses. Il s’agit de rendre compte de ses actes et un homme d’Etat qui ne défend que ses intérêts personnels est un imposteur. L’Afrique n’est pas un continent mineur, des hommes et des femmes sont prêts à se battre pour son développement durable à l’échelle mondiale. 
Comme le souligne le Président Thabo MBEKI, grand défenseur de la Renaissance Africaine, « tant qu’il en sera ainsi, notre continent restera en marge de l’économie mondiale, pauvre, sous-développé et incapable de décoller. »[1]
Cette prise de conscience doit s’accompagner de la réappropriation des richesses culturelles, historiques, intellectuelles de la pensée africaine. Nous possédons dans l’histoire antique des modèles d’intelligence et de démocratie en harmonie avec la société que nous voulons construire : les intellectuels du Moyen-âge, l’université des savoirs enracinée à Tombouctou durant des siècles, les savants africains de l’Egypte antique qui maîtrisaient les sciences physiques, spirituelles et sociales, « deux milles ans en avance sur les Européens de Grèce ».[2]
Cinq cents ans d’esclavage et de pouvoir colonial ont réduit à néant ce fantastique héritage. Il est de notre responsabilité, nous les africains où que nous soyons, d’œuvrer pour le rétablissement de nos valeurs, de notre conscience historique, de nos ressources culturelles, de nos créations qui sont exhibées de par le monde sans que l’on soit directement, sans intermédiaire crapuleux, impliqués dans la défense de ce patrimoine.
La connaissance de soi et l’ouverture du champ des possibles sont les seules issues pour recouvrer la dignité, la confiance et l’estime de soi.
Le mouvement de la Renaissance Africaine est un mouvement de lutte perpétuelle contre les tyrans, contre les népotismes, contre la misère intellectuelle, contre l’imposture, contre le crime organisé.
Nous ne pouvons pas rester les bras croisés et attendre encore que plusieurs générations d’africains soient sacrifiées au seul profit de quelques hommes illégitimes et malhonnêtes.
Hommes politiques, hommes de culture, savants, chercheurs, cadres, artistes, intellectuels, travaillons pour la Renaissance Africaine qui est un des leviers fondateurs pour une juste humanité.
Hommes, femmes, jeunes de tout le continent et de la diaspora, rassemblons-nous pour créer l’unité africaine de demain qui ainsi constituée formera l’image belle et renouvelée du continent et que l’on nomme la Renaissance Africaine.

Amadou Elimane Kane, poète écrivain, enseignant chercheur et fondateur de l'Institut Culturel panafricain


[1] La Renaissance Africaine, numéro spécial de la revue Diaspora Africaine, Paris, été 2007

[2] Idem